novembre 29, 2022

La Côte d’Ivoire et les rapports de l’ONU

Par sa résolution 2101 le Conseil de Sécurité de l’ONU, le 25 avril 2013, rappelant les résolutions antérieures de 2009 à 2012, prenant note du rapport d’enquête final adressé par le groupe d experts mandatés sous la direction de Gert Rosenthal, décide que jusqu’au 30 avril 2014 tous les états sont tenus de prendre des mesures nécessaires pour éviter la vente d ‘armes en Cote d ‘Ivoire. Cette résolution prolonge donc,en la modifiant à la marge, les résolutions antérieures. Cela s ‘appelle un embargo sur les armes.

Or le même rapport et sa mouture intermédiaire de 2012, et d’autres encore antérieurs et toujours portant sur l’embargo ,tout en reconnaissant que les choses tendent à s ‘améliorer en Cote d ‘Ivoire pointent une série de scandales sur lequel il est nécessaire de revenir.

Ils constituent un véritable brûlot à l’endroit du régime Ouattara, de la rébellion armée qui a activement contribué à l’installer au pouvoir et aux soutiens de cette rébellion, notamment par le Burkina Faso de Blaise Compaoré mais aussi à l’encontre de personnages, récurrents en Afrique, qui d’un bord ou d ‘un autre, ne visent et ne cherchent que leur propre intérêt, de façon violente, ne reculant devant aucun crime, aucun massacre, seulement soucieux des revenus assurés.

Ainsi en est -il des Soro, actuel Premier Ministre, ouattarriste, de Blé Goudé, pro-Gbagbo en Cote d ‘Ivoire comme il en était de Dadis en Guinée et de Sanogo au Mali.

La violation de l’embargo sur les armes par le camp Ouattara et pâr le camp Gbagbo date de bien longtemps. Elle avait été révélée au grand jour par un rapport d ‘enquête de l’ONU rendu public et terminé en 2010 mais qui mystérieusement avait été caché pendant sept mois.

S’il avait été publié avant l’ élection présidentielle, il aurait sérieusement ébranlé les convitions quant à l’issue du second tour du 28 novembre 2010. Il aurait conclu à l’impossibilité de les tenir et à la nécesssité d’un contrôle plus pointilleux de l’armement que les deux parties amassaient dans l’intention évidente de s’en servir.

Le 17 septembre 2010, les cinq experts désignés pour enquêter sur les violations éventuelles des embargos sur les armes et sur le trafic de matières premières envoient une première lettre à Maria Luiza Ribeiro Viotti, la présidente du Comité des sanctions des Nations unies pour la Côte d’Ivoire, mis en place par la résolution 1572 (en 2004) du Conseil de sécurité. La lettre précède leur rapport, qui aurait dû être publié quelques semaines plus tard. Il ne l’a finalement été que sept mois plus tard sans que l’on sache les raisons d ‘un retard qui a permis que soient immolés sur l’autel de l’ignorance coupable quelques milliers de victimes.

Le groupe précise qu’il a démarré son travail le 12 janvier 2010 et a maintenu une présence continue en Côte d’Ivoire où il a mené des enquêtes dans toutes les régions et auprès de différents pays ayant un lien avec la situation en Côte d’Ivoire. Il ajoute qu’il rend là son rapport final qui dresse un état des lieux accablant de la situation en Côte d’Ivoire quelques semaines avant le premier tour de l’élection la plus cruciale de son histoire.

D’emblée les experts font le constat : selon lequel tous les discours lénifiants sur la réalité de la réunification de la Côte d’Ivoire coupée en deux depuis le début de la rébellion le 19 septembre 2002 ne reflètent en rien la réalité.

Deuxième enseignement clé du rapport du groupe d’experts de l’ONU: courant 2010, le camp Gbagbo comme les ex-Forces nouvelles n’ont cessé de se réarmer

La situation est telle, au moment où ils enquêtent, que les experts recommandent des sanctions contre le ministre de la Défense de l’époque, Michel Amani Nguessan (pro-Gbagbo), mais aussi contre deux commandants de zone, membres des ex-Forces nouvelles: Losseni Fofana, commandant de la zone de Man, dans l’Ouest du pays, et Issakia Ouattara dit Wattao, commandant de la zone de Séguéla dans le Nord, qui sera un acteur clé de l’offensive contre Laurent Gbagbo quelques mois plus tard.

Les experts mettent en cause, en outre, l’exploitation illégale des ressources naturelles dans les zones que contrôlent ces deux «com’zone» et leur utilisation potentielle pour l’achat d’armes

Les experts signalent aussi que les deux camps ont importé du matériel militaire.

Pour le camp Gbagbo il s’agissait essentiellement de véhicules blindés de transport de troupes, de pistolets et de matériel anti-émeutes, tandis que le gouvernement ivoirien a bénéficié d’une assistance militaire pour remettre en état un hélicoptère de combat MI-24.

Côte Forces nouvelles, le constat est plus clair:

Le précédent groupe d’experts, qui avait enquêté en 2009, avait découvert un grand nombre de fusils d’assaut «dont les numéros de série avaient été effacés par meulage de manière identique». Il avait toutefois noté que «des armes sans numéro de série des Forces nouvelles étaient entrées en provenance du territoire du Burkina Faso».

En 2010, le groupe d’experts a découvert plusieurs lots d’armes et de munitions aux mains des Forces nouvelles ayant transité par le Burkina Faso, notamment des fusils d’assaut AKMS en provenance de Pologne.

Les experts révèlent aussi avoir «appris que la société A.D. Consultants (Israël) avait licitement transféré au Burkina Faso, le 13 décembre 2005, la partie du lot revenant à Yugoimport, soit au total 350.000 cartouches».

Le groupe concluai t en précisant qu’il «continue de penser que les munitions sont entrées dans le nord de la Côte d’Ivoire à partir du territoire burkinabè et ont été ensuite transférées à une partie civile dans le sud du pays».

En ce qui concerne la zone contrôlée par les Forces nouvelles, les experts onusiens dressaient un état des lieux sans concessions. Ils expliquaient notamment que, dans la zone Nord, les exportations de cacao produites autour des villes de Man, Séguela et Vavoua se sont poursuivies et ont continué à être achetées par dix sociétés multinationales. La marchandise transitait par le Burkina Faso et était achetée et exportée au port maritime de Lomé, au Togo.

Selon les experts, «au moins 10% des fonds versés à Lomé par les multinationales» bénéficiaient «directement aux commandants de zone des Forces nouvelles».

«Le Groupe estime qu’au moins 6 des 10 commandants de zone perçoivent des recettes provenant de la taxation du commerce du cacao, qui ont augmenté à la suite de la hausse du cours international durant les dernières années. Aucun de ces commandants n’a accepté de montrer ses comptes au Groupe d’experts.»

Les experts estimaient que les recettes tirées par les Forces nouvelles de la taxation du cacao représentaient un chiffre situé entre 22 et 38 millions de dollars (15 à 27 millions d’euros) par an qui n’était pratiquement pas comptabilisé dans le budget.

Et manifestement ces exportations de cacao arrangeaient tout particulièrement le Burkina Faso, puisque «pour chaque camion de 40 tonnes une taxe d’environ 6,4 millions de francs CFA [environ 8.700 euros], soit à peu près 1% de la valeur de l’expédition» était prélevée par la douane.

Concernant les ressources minières, le Groupe estime que le nord de la Côte d’Ivoire produit et exporte chaque année des diamants bruts représentant entre 500.000 et 1 million de carats.Le commerce de ces diamants rapporte entre 145 et 290 millions de dollars (100 à 200 millions d’euros) par an, somme sur laquelle les commandants de la zone 5 (Séguéla), Ouattara Issiaka dit Wattao, et de la zone 10 (Korhogo, Tortiya), Martin Kouakou Fofié, prélèveraient, selon le Groupe, des taxes à hauteur d’au moins 8%, soit entre 11,6 et 23,2 millions de dollars par an. «L’utilisation qui est faite des recettes provenant des diamants est totalement opaque et le Groupe ne peut exclure que les Forces nouvelles y aient recours pour acheter des armes, en violation de l’embargo», dit le rapport.

Parmi les autres enseignements de ce rapport, on apprend, sans surprise, que les experts recommandaient le maintien des sanctions contre Charles Blé Goudé, leader des Jeunes patriotes pro-Gbagbo, en raison de «déclarations publiques répétées préconisant la violence contre les installations et le personnel des Nations unies, et contre les étrangers; direction et participation à des actes de violence commis par des milices de rue, y compris des voies de fait, des viols et des exécutions extrajudiciaires; intimidation du personnel de l’ONU, du Groupe de travail international (GTI), de l’opposition politique et de la presse indépendante; sabotage des stations de radio internationales; obstacle à l’action du GTI, de l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire et des forces françaises et au processus de paix tel que défini par la résolution 1643 (2005)».

Les experts proposaient également le maintien des sanctions contre un autre leader de la galaxie patriotique, Eugène N’goran Kouadio Djué, et contre l’un des commandants de zone des Forces nouvelles, Martin Kouakou Fofié.

«Caporal-chef, commandant des Forces nouvelles pour le secteur de Korhogo. Les forces sous son commandement se sont livrées au recrutement d’enfants soldats, à des enlèvements, à l’imposition du travail forcé, à des sévices sexuels sur les femmes, à des arrestations arbitraires et à des exécutions extrajudiciaires, en violation des conventions relatives aux droits de l’homme et du droit international humanitaire; obstacle à l’action du GTI, de l’Onuci et des forces françaises et au processus de paix tel que défini par la résolution 1643 (2005).»

Aucune raison officielle n’a été avancée pour expliquer pourquoi ce rapport n’a été publié que plus de sept mois après avoir été transmis officiellement au président du Comité des sanctions. Il ne fait aucun doute en tous cas que ses conclusions dérangeaient. La date de sa transmission –le 20 avril, soit après la chute de Laurent Gbagbo– est, à elle seule, tout un symbole. Il est, quoi qu’il en soit, clair que s’il avait été rendu public à la veille de la présidentielle, il aurait donné des arguments à ceux pour qui les conditions d’une élection paisible et transparente n’étaient pas réunies.

Cela explique aussi pour les tenants d’un complot ONU-USA-France contre Gbagbo pourquoi les propositions avancées par Gbagbo pour résoudre la crise ont été systématiquement rejetées alors qu’un ballet tragique où le représentant de l’ONU était impliqué permettait à l’armée française d’intervenir et de nommer Ouattara à un poste qu’il n’aurait pas du occuper.

Or, le nouveau rapport de l’ONU , en date d’Avril 2013 et portant sur la crise post électorale et la période où Ouattara devenu Président assurait et assumait le pouvoir reprend point par point les conclusions du rapport de 2010. C’est la raison pour laquelle nousa vons tenu à insister sur le contenu de ce rapport

Les experts continuent à mettre en cause certains chefs militaires, issus de l’ex-mouvement rebelle des Forces nouvelles et qui ont rejoint l’armée après la victoire d’Alassane Ouattara .
Ces hommes occupent aujourd’hui des postes-clés au sein des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI), l’armée nationale.
"L’administration ivoirienne a progressivement intégré d’anciens commandants rebelles dans les forces armées nationales sans que ceux-ci aient abandonné leurs activités économiques et leurs méthodes de prédateurs et de chefs de guerre", disent les experts de l’Onu.
Ils ont étendu leur "réseau militaro-économique" sur tout le pays pour se livrer à de fructueux trafics, ajoute le rapport qui cite les noms d’Ouattara Issiaka, alias "Wattao", Hervé Touré, alias "Vetcho", Koné Zakaria, Chérif Ousmane et Martin Kouakou Fofié.
Kouakou Fofié fait l’objet de sanctions de l’Onu depuis 2006 (gel des avoirs à l’étranger et interdiction de voyager) sans que sa situation en Cote d ‘Ivoire n’ait jamais donné lieu à une quelconque recherche et enquête
Le document affirme que les anciens combattants rebelles maintiennent leur contrôle sur les mines de diamants et l’industrie artisanale de l’or. D’ex-membres des Forces nouvelles travaillent dans des exploitations forestières illégales dans la région de Bouaké, leur ancien bastion, et font la contrebande du précieux bois de teck.
Des camions de l’armée ont été utilisés pour exporter clandestinement vers les pays voisins, surtout le Ghana, du cacao, dont la Côte d’Ivoire est le premier pays producteur au monde.
"Les autorités ivoiriennes estiment que pour la saison 2011-2012, la contrebande de cacao a atteint 152.000 tonnes, ce qui représente pour les finances du pays une perte de 76 millions de dollars", précise le rapport.
Dans la vie quotidienne, les civils sont parfois contraints de payer pour franchir les postes de contrôle de l’armée ou de la police, et peuvent même être soumis à un système d’impôt forcé, ajoutent les experts.

Par ailleurs du coté des partisans de Laurent Gbagbo,

Il y aurait eu, au Ghana ,une réunion de trois groupes dont le but était de définir une stratégie de reconquête du pouvoir dans lesquels auraient figuré Charles Ble Goudé, Justin Koné Katinan et la seconde épouse de Laurent Gagbo

Mais dés qu’il s ‘agit de partisans de Gbagbo le gouvernement de Ouattara ne se montre pas avare dans la production de faux. Ainsi l’affaire Kone Katinan, ex-Ministre de Gbagbo accusé d’un meurtre rocambolesque inventé de toute pièce afin d’obtenir son extradition du Ghana.

Aussi sa prise publique de protestation, ce mardi, en réponse au rapport de l’ONU selon lequel il n’aurait jamais eu en sa possession de « preuves » produites des exactions commises par les commandants de zone montrés du doigt et nommés depuis 4 ans par les différents rapports d ‘experts de l’ONU en dit long sur sa bonne foi et sur la fiabilité d’un pouvoir qui continue à manier le mensonges comme forme de gouvernement.

Ce rapport rappelant si étrangement le précédent en dit long aussi sur la fiabilité que l’on doit accorder à l’ONU, sur les disparitions mystèrieuses de dossiers et les retards, sur sa force de persuasion, de contraintes sur son utilité enfin. Alors que l’ONU demande qu’un procés soit fait à l’ancienne première dame qui continue à croupir dans les géôles de Ouattara on continue deux ans aprés à répondre n’importe quoi.

Enfin quelle mesure de rétorsion l’ONU va t il prendre à l’encontre des états qui se sont livrés à des ventes d ‘armes en contrevant à l’embargo, dont la France ?

Quelle mesure l’ONU peut-elle prendre à l’encontre d’individus criminels notoires, bandits de grand chemins, les Soro, Blé Goudé, Dadis et Sanogo qui continuent à bénéficier du soutien de leur Etat, de l’estime de leurs pairs et d’avantages financiers conséquents venant en grande partie des instances d’aide internationale?

Sans sanction à quoi sert l’ONU quand on sait par ailleurs Laurent Gbagbo en procès inique à La Haye alors que les criminels en Cote d ‘Ivoire et les responsables connus des massacres bénéficient de la mansuétude des autorités judiciaires ?

Par kakadoundiaye in blogs.mediapart.fr

Wed, 01 May 2013 23:31:00 +0200

0

Laisser un commentaire

Nous utilisons des cookies afin de vous offrir la meilleure expérience possible sur notre site Web. En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez notre utilisation des cookies.
Accepter
Refuser
Privacy Policy