L’Afrique tente de reconquérir sa souveraineté politique et économique, tandis que le combat pour l’autotomie culturelle, essentiel à son émancipation, est relégué au second plan. Cette lutte pour l’identité africaine ne peut être menée efficacement sans l’implication active des médias africains. Cependant, leur silence, voire leur indifférence, face aux enjeux de la renaissance culturelle du continent demeure regrettable et préoccupant.
Le désintérêt médiatique : une défaillance grave
Ce qui m’afflige le plus dans la lutte pour la souveraineté culturelle de l’Afrique que nous menons, c’est le désintérêt manifeste des médias africains pour cette cause. Nombreux sont les journalistes qui la négligent, alors même que la curiosité est l’une des qualités fondamentales du métier.
Cette négligence n’est pas sans conséquences puisqu’elle contribue à entretenir l’oubli, la résignation et l’aliénation culturelle.
Méfiance envers ceux qui osent
Les rares individus qui osent aborder ouvertement la question de la souveraineté culturelle sont souvent soupçonnés de motivations douteuses, comme s’il était inacceptable de valoriser l’histoire et la culture africaines. On leur prête des intentions négatives, là où l’esprit critique et le courage intellectuel devraient prévaloir.
Cheikh Anta Diop explique que le mal fait par l’occupant n’est pas encore guéri. Selon lui, l’aliénation culturelle est devenue partie intégrante de notre être. Il compare le colonisé ou l’ex-colonisé à un esclave libéré du XIXᵉ siècle, qui, bien qu’affranchi, revient chez son maître par habitude et manque de repères, car il a appris à penser à travers ce dernier.
C’est cette perte d’identité qui explique en grande partie la méfiance envers ceux qui s’emploient à rétablir la vérité historique et culturelle africaine. Cheikh Anta Diop soutient aussi que si l’égalité intellectuelle est une réalité, l’Afrique devrait, par sa propre recherche, défendre ses vérités, notamment sur l’origine africaine de la première civilisation humaine, et ainsi faire face aux idéologues avec des intelligences égales.
Réhabiliter la mémoire
L’Afrique a une histoire qu’il est urgent de revisiter, affranchie des préjugés racistes qui l’ont longtemps déformée. Aborder la renaissance culturelle africaine, c’est rétablir la vérité sur l’influence qu’a exercée l’Afrique, berceau de l’humanité et de la civilisation, sur le reste du monde à travers ses savoirs, ses langues, ses arts. Il s’agit aussi de déconstruire les récits imposés qui ont justifié la traite négrière, l’esclavage, la colonisation, le travail forcé, et leurs prolongements. Cette démarche mémorielle est donc cruciale pour que le continent retrouve la dignité qui lui a été déniée par les tragédies successives de son histoire.
Le rôle stratégique des médias africains
Dans cette entreprise de réappropriation culturelle, les médias africains ont un rôle stratégique à jouer. Ils doivent sortir de leur silence et s’engager dans la diffusion de contenus éducatifs, critiques et décomplexés sur l’histoire, la civilisation et les traditions africaines.
La prise en compte de cette thématique est fondamentale pour l’émancipation du peuple noir. C’est une responsabilité, un devoir envers les générations présentes et futures.
Appel à l’action
L’émancipation du peuple africain passe avant tout par la connaissance de son histoire et de sa culture, et leur diffusion ne saurait se faire sans les médias. Il s’agit d’informer, de transmettre la mémoire, de réparer les fractures héritées du passé, et de bâtir l’avenir. Le moment est venu pour les médias africains de prendre part, en pleine conscience, à cette renaissance.
Axel Illary

