novembre 30, 2022

Afrique : Demain, les villes-pays

De métropole/mégapole à …

Il s’agit pour ma part d’un défi absolument prioritaire. J’en avais d’ailleurs parlé ici. Si nous savons y faire, les villes pourraient devenir, selon des mots de la Banque Africaine de Développement, des moteurs de croissance.

Aujourd’hui, selon les données de l’ONU-Habitat reprises par coe-rexcode, l’on compte 3 villes africaines parmi les 30 villes les plus populeuses au monde : Caire (11 millions), Lagos (10,58 millions) et Kinshasa (8,75 millions). « Le rapport sur l’Etat des villes africaines en 2010 de l’ONU estime qu’en 2025 Lagos et Kinshasa seraient les 11e et 12e métropoles les plus peuplées du monde, devançant Beijing, Rio de Janeiro ou encore Los Angeles » a affirmé le coe-rexcode dans un document de travail intitulé : « Perspectives pour le continent africain – Futur géant économique ou non ? ».

Demain, soit en 2025, d’après les mêmes projections, nous pourrions avoir les tailles démographiques présentées dans le graphique qui suit, dans 21 villes africaines détenant plus de 2 millions d’habitants.

…Villes-pays

Les géographes et autres urbanistes m’en voudront peut-être d’utiliser de façon très peu scientifique, à leur goût, les mots de métropole, mégapole ou encore ville-pays. Qu’ils reçoivent mes excuses. Je désire simplement évoquer la « monstruosité », le gigantisme de ce qui nous attend ! « Les villes d’Afrique doivent se préparer à accueillir plus de 300 millions d’habitants supplémentaires dans les vingt prochaines années. Pour donner l’échelle de ce que cela signifie concrètement, précisons que cela équivaut à réaliser un ensemble de villes suffisant pour recevoir l’ensemble de la population actuelle des États-Unis d’Amérique. Ces faits vont nécessairement conduire les politiques publiques à accorder à l’avenir plus d’importance à la question urbaine et à son financement. » avance Thierry Paulais dans l’introduction de son livre Financer les villes d’Afrique paru en 2012 chez Pearson.

Si l’on parle, en se référant aux Brésil, Russie, Inde et Chine, de pays-continents, à cause de l’étendue de leur superficie et de l’immensité de leur population, je voudrais qu’il me soit permis, en raison de l’importance de la démographie, de parler de villes-pays pour nombre d’agglomérations africaines.

Le Cameroun et la Côte d’Ivoire, qui pourraient à l’échelle de l’Afrique, prétendre au rang de puissance moyenne, comptent aujourd’hui, chacun, autour de 20 millions d’habitants. En 2025, au niveau de l’Afrique, une ville comme Lagos, qui snobera sans difficulté la barre des 15 millions d’habitants, sera une ville-pays, à mon sens.

Et cela devra être totalement intégré dans nos logiciels si nous désirons profiter de la puissance de l’urbanisation et de la démographie.

Pour quelles raisons ?

Parce que sur des surfaces relativement petites, au fond à l’échelle d’une ville, nous aurons une très forte concentration de populations. Nous aurons des villes qui compteront plusieurs millions d’habitants. Si la croissance économique, l’augmentation du pouvoir d’achat, les infrastructures sont au rendez-vous, alors, la création des richesses y sera fulgurante.

Parce que par l’énormité de la masse, le maire et l’ensemble de l’exécutif communal devront avoir une vision très claire de l’avenir. Parce que cette masse démographique oblige à planifier, à inventer des projets. Une ville, ou plutôt, une ville-pays de 10, de 15 millions d’habitants est d’un tel intérêt pour les investisseurs que le maire, dans un monde mondialisé, où l’instantanéité domine, devra être capable de prendre de décisions, et ce rapidement. Le maire devra avoir une large autonomie. La décentralisation me paraît donc à cet égard d’une nécessité absolue. Il faudra, pour ces villes, bien sûr en maintenant une cohérence avec le national, en privilégiant une répartition des domaines de compétence avec l’État, développer une politique économique qui valorise les atouts de la localité, qui tienne compte de ses spécificités et il lui faudra une certaine liberté dans l’initiative. L’administration municipale, au sens des fonctionnaires, devra également faire preuve d’une compétence certaine dans la capacité à déployer des mesures favorisant le développement économique local.

La deuxième urgence/priorité est relative à la planification urbaine. Il nous faudra, de façon extrêmement rigoureuse, être capable d’anticiper, de planifier et de mettre en œuvre les infrastructures nécessaires à l’accueil de ces nouveaux urbains, potentiels créateurs de richesses et consommateurs.

Cette planification pourrait référer aux :

– Transport : les interventions à ce niveau sont nombreuses : routes, autoroutes… Quid du transport en commun ?

– Logements sociaux : actuellement dans de nombreux pays comme au Gabon, le gouvernement s’est engagé pour la construction des logements sociaux car le manque des logements est criant. Imaginez ce que ce sera demain si rien n’est fait.

– Hôpitaux : Là aussi avec le doublement de la population dans les décennies à venir dans ces villes, chacun mesure l’importance d’agrandir l’offre.

– Universités : Lieu de savoir, espace où l’on acquiert une formation pouvant nous aider à trouver du travail, l’université sera essentielle pour une Afrique qui désirera demain se développer, s’industrialiser. Là encore, une réflexion s’impose dès à présent. Quel type d’université pour telle ville ?

Les perspectives sont claires, les possibilités qui peuvent s’ouvrir à nous grâce à cette urbanisation sont vastes. Une seule question demeure : en mesurons-nous toute l’importance et l’urgence ? En écrivant ceci, toujours dans son introduction, « Les pays africains font face à d’importants enjeux économiques, sociaux et environnementaux. Parmi ces enjeux, la question urbaine ne fait pas encore partie des toutes premières priorités des gouvernements », Thierry Paulais, me semble-t-il apporte quelque éclairage.

L’URBANISATION EN AFRIQUE EN QUELQUES CHIFFRES-CLÉS

52 villes africaines ont au moins un million d’habitants autant qu’en Europe
300 millions de nouveaux urbains en 2030
17 des 100 villes ayant la plus forte croissance démographique sont africaines
1,2 milliard d’Africains seront des citadins en 2050
55% du PNB de l’Afrique est créé dans les villes

(Source : ONU-Habitat, BAD, Financer les villes d’Afrique de Thierry Paulais aux Éditions Pearson)

Serge Tchaha in afriqueexpansion.com

Sat, 05 May 2012 01:08:00 +0200

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